21 inscrits pour 18 places : autant dire qu’il y aura trois déçus parmi ces éventuels protagonistes. Jean-Etienne Dubois, longtemps hésitant entre le prix du Luxembourg et le prix d’Amérique, semble avoir opté pour la participation à l’épreuve reine plutôt qu’au sprint du duché avec QUAKER JET. Si cette incertitude semble levée, celle de la participation de la récente 3ème du prix de Cornulier, PREMIERE STEED, reste entière. Fabrice Souloy, maître dans l’art de brouiller les pistes, avait annoncé la préparer pour le prix de France, mais celle-ci est toujours parmi les engagés après les forfaits… Autant dire qu’il semble avoir changé d’avis, ce qui se ferait au détriment (si cela se vérifiait) de PARADIS CORDIERE et de son entourage.
MEAULNES DU CORTA, oui mais…
Le tenant du titre, MEAULNE DU CORTA, sera de la partie. Impressionnant d’aisance l’an passé, on a longtemps cru durant l’année 2009 que sa carrière de course était terminée après quelques soucis de santé. Il n’en est rien, revenu en piste dans le prix de Bretagne, couru gentiment, il en fut de même dans les prix de Bourbonnais et de Belgique. Dans le prix de Bourgogne, il aura toutefois pu rassurer ses supporters, faisant la course, bien qu’enfermé, pour se classer second au terme d’une belle fin de course. Belle fin de course à l’image de celle fournie en retrait dans le prix de Belgique. Semblant revenu progressivement au mieux, le pensionnaire de Pierre Levesque, lauréat des 3 dernières éditions de l’épreuve, aura connu une préparation optimale. Maintenant, cela sera-t-il suffisant pour briller en ce dernier dimanche de janvier ? Rien n’est moins sûr, n’ayant tout de même pas eu de vrai course depuis ce retour en piste. Ayant musarder à l’arrière garde dans 3 des « 4B », il a certes conclu 2nd du Bourgogne, mais cette course s’était déroulée sans rythme, une fausse course dans laquelle, s’il a fini de probante manière, il avait bénéficié d’un parcours le long de la corde sans aucun efforts superflus. Dès lors cette fin de course est-elle si significative ? Pas certain à la vue du déroulement de course qui n’aura rien à voir celui de ce dimanche. Si l’écurie de Pierre Levesque n’a pas été très en verve cet hiver, malgré le succès de QWERTY dans le prix Ténor de Baune par exemple, le doute et le scepticisme restent possibles. Même si la classe du champion n’est pas à remettre en cause. Signalons également que QWERTY, pouvait participer au prix d’Amérique égalemen (suite au succès précité). Son mentor, qui aurait alors été obligé de piloter le 6 ans, a préféré se consacrer au tenant du titre afin d’aller au bout des choses et du travail effectué des mois durant.
La jeunesse : READY CASH, ROLLING D’HERIPRE (et RETURN MONEY)
Cette année, il y aura trois 5 ans au départ : chose assez rare. Si nombre de professionnels du trot affirme qu’un trotteur n’est jamais plus fort qu’à cet âge, constatons que le pari reste peu souvent relevé De même au cours de ces 18 dernières années, seuls deux sont parvenus à s’imposer : OFFSHORE DREAM en 2007 et VERDICT GEDE en 1992. Vaincre à cet âge demeure donc un véritable exploit. Or, si RETURN MONEY se contentera de faire le petit parcours en visant un accessit, READY CASH et ROLLING D’HERIPRE seront tous deux parmi les favoris et auront de sérieux titres à faire valoir. Rouleau compresseur depuis les premières belles courses de 2 ans, le pensionnaire de Philippe Allaire, READY CASH aura défrayé la chronique cet hiver. Mis hors course dans le Critérium Continental, cette course avait alors fait couler beaucoup d’encre. Celle-ci fut remportée avec une dérisoire facilité par ROLLING D’HERIPRE. Celui-ci y remportant son troisième groupe I après ses victoires dans le prix de Sélection, déjà devant READY CASH, ainsi que le Critérium des 4 ans. Dès lors, le prix de Croix, où tous deux devaient rendre la distance, était très attendus afin de voir qui aurait cette fois le dessus. S’ils ont ce jour là écrasé l’opposition, y compris le champion suédois NU PAGADI, c’est de nouveau ROLLING D’HERIPRE qui pris alors facilement le dessus. Faut-il en déduire que l’élève de Fabrice Souloy, ROLLING D’HERIPRE, soit actuellement plus performant que celui de Philippe Allaire ? De prime abord, il serait tentant de répondre par l’affirmative. Mais Jos Verbeeck n’avait pas demandé l’impossible à READY CASH dans le prix de Croix, dès lors il doit pouvoir faire mieux. D’autant plus qu’il sera présenté en piste pieds nus pour la première fois… Le prix d’Amérique donnera son verdict. L’un des deux « jeunots » sera-t-il couronné d’un succès ?…
A cette question, difficile de répondre très clairement. S’ils sont tout deux impressionnants, le déroulement des courses de « vieux » est tout autre que celui qu’ils ont connu jusqu’à présent par rapport à leurs contemporains. READY CASH a déjà bien couru une vraie course interpénétration face à l’élite. C’était le 18 avril dernier dans le prix de l’Atlantique, connaissant alors un cuisant échec, étant irrémédiablement battu dans la ligne d’arrivée et se contentant alors de la sixième place. Il a bien sûr depuis pris de l’expérience et évolué, se montrant plus détendu que par le passé. Mais peut-on faire fi de cette mauvaise performance ? Toujours est-il que c’est un trotteur capable d’aller de l’avant, ayant d’ailleurs été le plus impressionnant dans sa carrière en adoptant cette tactique de course. Tout en sachant se détendre dans un peloton, il demeure un élément autoritaire et pas des plus simples à mener. Au contraire ROLLING D’HERIPRE est, lui, très maniable, et doté d’une redoutable pointe de vitesse, indéniablement l’une des plus efficace actuellement. Un atout, mais il a quasiment toujours couru caché en embuscade jusqu’à présent. Quant l’on sait qu’un cheval ayant pris l’habitude d’être « planqué » dans un peloton est parfois fort décontenancé en étant « piloté plus offensif », on se garderait de donner un avis sur la tactique qui sera adoptée par Jean Michel Bazire dimanche… Nous le voyons bien au travers de ces lignes, rien n’est écrit, et si leurs chances théoriques semblent bien réelles, reste à voir quel sera leur comportement dans un telle course où c’est la guerre pour se placer et où il n’est jamais simple de s’en extirper. Leurs pilotes devront se montrer offensif, dès lors ils pourraient le « payer cher » suivant le déroulement de course.
Ils ont été préservés afin d’être au top le Jour J
Si les trois trotteurs sur lesquels nous nous sommes focalisés jusqu’à présent auront certainement de nombreuses faveurs du public. Il ne faudra pas oublier trop vite les autres champions très confirmés dans les plus grandes joutes du trot. Des concurrents certes discrets depuis l’entame du meeting, mais dont l’entourage a mis une application toute particulière pour arriver au top le Jour J. Parmi ceux-ci nous citerons en premier lieu NOUBA DU SAPTEL, première dauphine de MEAULNES DU CORTA l’an passé dans ce même prix d’Amérique. Son mentor, Pascal André Geslin a cette année pris l’option de la présenter avec beaucoup de fraîcheur ; ce qui n’avait pas toujours été le cas par le passé pour diverses raisons. Bien connue par ses finish redoutables, elle n’a pas fait d’efforts superflus dans les trois préparatoires dans lesquels elle a été présentée (les prix de Bretagne, de Bourgogne et de Belgique). Rassurante par rapport à son échec radical dans le prix Médusa, elle ne nous a pas non plus beaucoup aidé pour en savoir plus sur sa capacité actuelle à rivaliser face à l’élite. Son passé plaide en sa faveur, tout comme sa bonne forme annoncée par son entourage. Mais difficile d’être affirmatif quant au visage qu’elle nous montrera.
Parmi les trotteurs répondant à ce profil, OLGA DU BIWETZ est certainement l’une de celles dont la forme et la plus sûre, et non sujette à caution. Véritable métronome, répondant quasiment toujours présente dans les grands rendez-vous, elle retrouvera à son sulky Christel Martens (après que ce dernier eut été « mis de côté » par Fabrice Souloy). Bonne troisième du prix de Bretagne, puis quatrième du prix de Bourbonnais, dans lequel elle a été pilotée très sagement devant rendre la distance. Au terme d’une magnifique fin de course, elle s’est ensuite « baladée » dans le prix de Bourgogne. Une course certes tactique, mais où elle dominait de la tête et des épaules. Dans le prix de Belgique, comme bon nombre, elle a été « planquée », ne faisant pas d’efforts inutiles à 15 jours du prix d’Amérique alors qu’elle devait rendre la distance. Finalement, si l’on devait, à l’heure actuelle, citer un « coup sûr » dans un quinté gagnant, ce serait certainement elle. Très maniable, véloce, en forme et capable d’adopter toutes les tactiques de course, elle possède nombre d’atouts dans son jeu.
Troisième l’an passé et second en 2008, il serait tout de même maladroit de ne pas parler d’OPAL VIKING, un OPAL VIKING qui compte aussi de nombreux excellents classements dans le prix de France (3ème en 2007 et 2009, 4ème en 2008). Parmi les meilleurs européens depuis plusieurs saisons, le hongre entraîné par Nils Enqvist a effectué son retour sur la cendrée de Vincennes dans le prix de Belgique, effectuant comme tous les partants du second échelon un parcours sage, un parcours en guise de préparation. Toujours aussi efficace sur le Circuit Européen au cours de l’année 2009, il serait, cette année encore quelque peu hasardeux de le sous estimer. D’autant que son aptitude aux parcours de la grande piste de Vincennes n’est plus à prouver.
Ils ont confirmé cet hiver qu’il fallait compter avec eux au plus haut niveau
Parmi ceux-ci, commençons par ONE DU RIB, lauréat dimanche dernier d’un second prix de Cornulier. Déféré ce jour-là pour la première fois sous la selle, il nous a rappelé, avec la manière, qu’il s’agissait d’un grand champion. Ce que certains avaient oublié ou remis en cause, trop vite. Attelé il a également réalisé de grandes performances par le passé et, vue sa condition actuelle, sa prestation sera suivie avec un réel intérêt. Viser le doublé ne semble pas être totalement utopique, un exploit n’ayant plus été réalisé, la même année, depuis QUEILA GEDE.
ORLANDO SPORT a également été très efficace tout au long de l’année, se montrant toujours dur et courageux et remportant le prix de Bretagne en début d’hiver. Cheval doté de beaucoup de fond, il a du depuis se contenter d’accessit. Mais le rythme, qui sera soutenu, servira indéniablement ses intérêts. S’il parvient à se faire ramener, sans être le premier à passer à l’attaque dans le dernier kilomètre, il pourrait surprendre.
Franck Nivard sera bien sûr également de la partie. Après une longue hésitation, il aura finalement opté pour la drive de QUARLA. Adepte de la course en avant, elle aussi très dure, elle a gravi les échelons ces derniers mois pour montrer dans les préparatoires qu’elle pouvait aller « avec les grands ». Cette fois, prendre la direction des opérations ne sera pas chose simple. Mais la maestria de son pilote sera de son côté et nul doute qu’il saura prendre les bonnes décisions au bon moment, sans faire puiser trop de ressources à sa jument à des moments trop inopportuns. Si sa tâche semble ardue pour la gagne, à l’image d’ORLANDO SPORT, elle fera certainement partie des candidates les plus en vue pour les places.
Lauréat du prix de Belgique, PARIS HAUFOR fera lui aussi partie des trotteurs à ne pas négliger. Absent de la grande course l’an passé, il lui fallait (du moins tout le monde le pensait) prendre des points dans le prix de Belgique pour s’assurer sa participation au prix d’Amérique. Ch Bigeon, son mentor, a alors pris ses responsabilités en prenant la tête et en menant bon train, sans se soucier de ses rivaux. Des rivaux, il n’en eu point : personne ne cherchant à le suivre et finalement à lui contester la victoire dans cette course. Il laissait alors une très belle impression effectuant un véritable cavalier seul dans une belle réduction kilométrique et laissant ses rivaux à distance. Si cette victoire ne doit être prise au pied de la lettre, elle atteste tout de même de l’excellence de sa forme et du fait qu’il ne faut pas le laisser trop faire, faute de devoir ensuite s’en mordre les doigts. Après coup, la consultation des restants engagés nous fait constater qu’il n’avait finalement pas besoin de ces points pour prendre part à ce prix d’Amérique. Un « numéro » dont il aurait donc pu se priver, mais qui aura au moins eu le mérite de nous permettre de voir l’un des prétendants se donner. Ce qui fut réellement rare dans les préparatoires. Mais également de pleinement rassurer son entourage et lui permettre d’aborder ce rendez-vous avec sérénité.
Dans cette catégorie, nous immiscerons également le pensionnaire d’A Vanbergen, PERLANDO. Trotteur très sérieux et régulier dans l’ensemble, il est capable de finir très vite ses parcours. Lorsqu’il parvient à être placé en embuscade dans le peloton, il est alors redoutable dans les lignes d’arrivée. Excellent dans les belles épreuves d’Enghien l’été dernier, il a également montré au cours de ce meeting, au niveau intermédiaire qu’il était également en belle condition. Un possible trouble fête, mais qui ne dépare par au départ, loin s’en faut.
Voici pour ce tour d’horizon non exhaustif puisque nous devrons également retrouver en piste QUAKER JET (avec les réserves précitées), OASIS GEDE, OYONNAX, RETURN MONEY, GHIACCIO DEL NORD, PREMIERE STEED (sous réserves), et RUSSEL NOVEMBER. Si désistement au moment de la déclaration des partants, le premier à en bénéficier sera PARADIS CORDIERE, suivi de FITZGERALD BIGI et de NAVAJO VICI. Un prix d’Amérique s’annonçant palpitant mais extrêmement attractif et ouvert. Beaucoup d’éléments laissent à penser que nous assisterons à une belle course après des préparatoires « frustrantes ». Ces dernières ayant perdu beaucoup de leur attrait d’antan… Toujours est-il que le dénouement pourrait être historique, Pierre Levesque étant en passe d’une quatrième victoire consécutive, ONE DU RIB du rare doublé Cornulier / Amérique, et les duettistes READY CASH / ROLLING D’HERIPRE d’un sacre toujours exceptionnel à l’âge de 5 ans…